Histoire de la Palestine Mandataire Britannique. Episode 2/5

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Avant même que les termes du mandat britannique sur la Palestine du 24 avril 1920 ne soient confirmés par le Conseil de la Société des Nations le 24 juillet 1922 et n’entrent en service officiel en septembre 1923, les britanniques sortent « un livre blanc sur la Palestine », en juin 1922, en s’appuyant sur l’article 25 du mandat.

mandate_for_palestineCe livre blanc britannique du 3 juin 1922, connu comme le « Livre blanc de Churchill », fut publié pour répondre à l’opposition des Arabes aux termes du mandat quant à l’établissement d’un « foyer national juif » et à l’immigration juive en Palestine.
Winston Churchill remplit à l’époque les fonctions de secrétaire aux colonies.
Ce livre blanc restreint le territoire destiné au foyer juif, et donne le contrôle des terres situées à l’est du Jourdain à l’émir Abdallah.

Il réaffirme le droit au retour du peuple juif sur sa terre ancestrale, mais pose néanmoins comme condition à l’immigration le niveau des moyens financiers des postulants à l’immigration.
Il précise également que la Palestine ne peut être conçue comme une entité politique exclusivement juive.

C’est à partir de là que le Gouvernement de Sa Majesté entame un virage dans sa politique en Palestine en tournant délibérément le dos à la Déclaration Balfour de 1917.

Ce changement avait été imaginé après la visite de Churchill en Palestine en 1921, lors de laquelle des émeutes sanglantes avaient été provoquées par les Arabes.
Dans une attitude qui a fait école depuis à travers le monde jusqu’à devenir un réflexe, les Britanniques décidèrent que pour « préserver le calme et la tranquillité ainsi que leurs intérêts dans la région, il valait mieux ne pas irriter les Arabes et adopter une politique qui leur soit favorable ».

Dans le « Livre Blanc » de 1922, trois points principaux furent évoqués :

Premièrement, le gouvernement anglais réitérait son intention d’appliquer la Déclaration Balfour, mais en annonçant aux Arabes « que le Foyer National Juif ne s’étendrait pas à tous les territoires prévus par ladite Déclaration ».

Deuxièmement, la quantité de Juifs autorisée à entrer en Erets Israël serait limitée, afin de ne pas porter préjudice économiquement à la population arabe locale.

Enfin, tout le territoire se trouvant à l’est du Jourdain ne serait plus concerné par la Déclaration Balfour, et deviendrait un Royaume arabe où toute présence juive serait interdite.

transjordan-separation-1922Ainsi 70% de la Palestine mandataire serait séparé du reste pour créer un royaume arabe, la Transjordanie.

Avant de présenter ce document au Parlement britannique, Churchill le soumit à l’Organisation Sioniste et aux représentants arabes :

Les délégués sionistes, dirigés alors par le Dr. Haïm Weizmann, commencèrent par protester surtout contre le 3e paragraphe, mais finalement, par « pragmatisme », ils avalisèrent le texte.
Les Arabes au contraire, refusèrent le moindre partage du territoire restant, à l’ouest du Jourdain, avec les Juifs.
Ils renvoyèrent Churchill à sa copie, et firent revenir leur délégation depuis Londres, en signe de mécontentement.

Alors que le mandat britannique sur la Palestine était confirmé depuis à peine un mois, le décret du gouvernement britannique sur la Palestine d’août 1922 stipulait que :

Le Haut-Commissaire peut, avec l’approbation d’un Secrétaire d ‘Etat, en accord avec l’article 25 du mandat de la société des nations, diviser la Palestine en divisions administratives ou districts de la manière et avec les subdivisions qui conviennent aux fins d’administration en décrivant les limites et en y assignant des noms.
A partir de septembre 1922, la Grande-Bretagne administre la partie à l’ouest du Jourdain sous le nom de Palestine, et la partie à l’est du Jourdain sous le nom de Transjordanie.
Techniquement et légalement, il demeurait un seul mandat, celui de la Palestine mandataire, mais la plupart des documents officiels se référaient à ces deux entités administratives comme si elles étaient deux mandats distincts.

Cette façon britannique d’administrer la Palestine mandataire, au travers de ces deux entités administratives, durera jusqu’en mai 1946 date de l’indépendance totale de la Transjordanie.

Le 15 mai 1923, la Transjordanie obtint un nouveau degré d’indépendance, alors que le mandat britannique n’entre officiellement en vigueur qu’en septembre 1923, avec Abdullah, troisième fils de Hussein ben Ali, comme souverain et Sir John Philby comme représentant du gouvernement britannique :

C’est la naissance de l’émirat de Transjordanie qui reste sous la supervision générale du Haut-Commissaire britannique à Jérusalem.
Ce traité a définitivement coupé en deux la Palestine mandataire avec à l’Ouest du Jourdain le foyer national juif palestinien habiter aussi par des arabes, et à l’Est du Jourdain le foyer national arabe palestinien interdit aux juifs.

flag_of_jordan-svgLes frontières et le territoire de la Transjordanie n’ont été déterminés qu’après l’entrée en vigueur du mandat en septembre 1923.
Dans le même temps une partie du Golan palestinien est cédé par les britanniques à la Syrie sous mandat français.

En mai 1925, les districts d’Aqaba et de Ma’an du Hijaz devinrent partie de la Transjordanie.
Entre 1928 et 1946, une série de traités anglo-transjordaniens aboutit à une indépendance presque totale pour la Transjordanie :
Ainsi, dès le mois d’avril 1928, est promulguée une constitution qui prévoyait un parlement connu sous le nom de Conseil législatif.
Le 20 février 1928, un accord entre le Royaume-Uni et l’Emirat de Transjordanie conclu à la reconnaissance de l’existence d’un gouvernement indépendant en Transjordanie et défini et Limite ses pouvoirs dans le cadre de son appartenance au mandat britannique de Palestine.
Des élections ont eu lieu en février 1929, nommant un conseil législatif (parlement) de 21 membres.

La Grande-Bretagne conserve un certain degré de contrôle sur les affaires étrangères, les forces armées, les communications et les finances publiques.
Le 17 janvier 1946, le secrétaire britannique aux Affaires étrangères, Ernest Bevin, a annoncé dans un discours à l’Assemblée générale des Nations Unies que le gouvernement britannique avait l’intention de prendre des mesures dans un proche avenir pour établir la Transjordanie comme un État totalement indépendant et souverain sorti de son mandat sur la Palestine.

Le 22 mars 1946, Abdullah négocia un nouveau traité qui mettra fin au mandat britannique et gagna l’indépendance totale pour la Transjordanie.

L’indépendance de la Transjordanie a été reconnue le 18 avril 1946 par la Société des Nations lors de la dernière réunion de cette organisation.

Le 25 mai 1946, le parlement transjordanien proclama Abdullah Ier roi du tout nouveau «Royaume Hachémite de Transjordanie».

Le Royaume Hachémite de Transjordanie a présenté une demande d’adhésion à l’Organisation des Nations Unies le 26 juin 1946.

Après la conquête, de 1948, de Jérusalem-Est et de la Judée-Samarie, renommée Cisjordanie, le «Royaume Hachémite de Transjordanie» devient le « Royaume hachémite de Jordanie » en 1949.
Le Royaume hachémite de Jordanie a finalement été admis à l’Organisation des Nations Unies le 14 décembre 1955.

Conclusion :

Le mémorandum sur la Transjordanie écrit par le gouvernement britannique à partir de l’article 25 du Mandat pour la Palestine a permis l’exclusion de la Transjordanie, donc de 70% du territoire, des dispositions concernant la colonisation juive, assurant ainsi les arabes qu’aucun Juif ne serait autorisé à s’installer en Transjordanie.

Buffalo

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