Goys in Eretz, Deuxième jour

Cette deuxième journée du voyage est consacrée à la Galilée occidentale. Petit déjeuner toujours copieux mais il faut faire vite ! Le planning est serré et nous sommes rapidement installés dans le bus qui prend la direction de l’Est, vers le village arabe musulman de Deir Al-Asad. La météo est capricieuse et un léger crachin, de temps à autre vient arroser la Galilée que nous contemplons le long de la route 85.

Pug, en chemise bleu et sac noir au dos, serre les mains du Conseil Municipal

Pug, en chemise bleu et sac noir au dos, serre les mains du Conseil municipal

Deir Al-Asad est une localité à flanc de colline escarpée, dans un relief prononcé, qui fait face à la ville juive de Karmiel, de l’autre côté de la route 85. Dès que nous pénétrons dans la commune, nous sommes surpris par le désordre qui semble y régner. Très peu de végétation, pas de jardins, maisons souvent non terminées et une impression générale de saleté, avec des détritus un peu partout, autant dans les champs que dans les rues ou les cours de maisons. Nous sommes accueillis dans une salle communale devant laquelle les membres du Conseil municipal se tiennent alignés. Nous nous partageons le travail. Pug serre les pinces pendant que Jeep prend les photos. Le Maire a l’air jovial mais le reste du Conseil semble passablement ennuyé d’être là.
IMG_3325Dans le hall, une exposition rend un hommage appuyé à Ytzhak Rabin, assassiné en 1995, il y a 20 ans. Si les anciens nous ont réservé un accueil mitigé, l’accueil des jeunes gens qui s’occupent du service des rafraîchissements est très sympathique. Des jeunes filles, dont certaines ont les cheveux enveloppés dans un foulard islamique, sont  promptes à nous indiquer les toilettes, à nous remettre la carte de visite du Maire, à nous soulager des vestes et parapluies que nous traînons et, de manière générale, les jeunes paraissent heureux d’avoir des visiteurs, avec de grands sourires chaleureux, s’exprimant dans un anglais assuré.

IMG_0994Nous sommes accueillis par un premier discours d’une jeune femme, qui a fait ses études en France, et qui est visiblement émue, presque aux larmes, d’entendre parler français et de percevoir les accents de certains, toulousains et marseillais toujours aussi discrets ! Elle nous dit avec une voix tremblante combien la gastronomie française lui manque et à quel point elle est heureuse de s’exprimer en français. La France est toujours très aimée à l’étranger. Dommage qu’elle ne le soit pas autant par les Français !
Survient, sur scène, une troupe de jeunes danseurs, garçons et filles qui exécutent des pas de danse traditionnels, pendant quelques minutes. Pug est surpris des tenues des danseurs qui lui semblent légèrement empruntées à une influence turque voire même du Caucase et pas tellement « palestinienne ». Ces danses et ces tenues lui font penser au folklore géorgien mais il n’est pas non plus un spécialiste.

Ahmad Dabbah, Maire de Deir Al-Asad

Ahmad Dabbah, Maire de Deir Al-Asad

Enfin, le maire, Ahmad Dabbah, ancien député de la Knesset et ancien membre du Likoud et de Kadima, auprès d’Ariel Sharon, prend la parole et parle de son village. Le ton est rapidement donné : Deir Al-Asad compte 12 000 habitants mais n’a ni agriculture, ni économie ni commerces. Le village est pauvre et, le maire est très clair là-dessus, délaissé par l’Etat d’Israël. Il explique que le niveau de vie est bas et que la mairie n’a pas les ressources suffisantes pour équiper la commune. Lorsqu’il a payé ses fonctionnaires municipaux, il ne lui reste aucun budget d’investissement pour améliorer la vie de ses administrés. Il réclame alors l’égalité, sous-entendant que les villages arabes sont moins bien traités par le gouvernement que les autres. Il ne manque pas de plaider, également, pour une solution pacifique au conflit israélo-palestinien qui, selon lui, règlerait beaucoup de choses.
Le KKL a tenu à nous emmener dans ce village et après les visites de la veille où Israël nous était montré sous un angle prometteur, le moins que l’on puisse dire, c’est que cette deuxième journée commençait sur un ton différent. Nous apprécions, toutefois la volonté d’objectivité du KKL, même quand ce n’est pas facile. Il eut été facile de nous emmener dans un endroit idyllique, avec des gens bien briefés pour nous sortir une jolie propagande bien huilée.
A l’écoute de ce discours, Pug commence à monter en pression. Il n’est pas le seul à se poser des questions. Un journaliste présent demande au maire s’il estime que la situation découle d’une politique volontairement discriminatoire d’Israël. Mais la réponse du maire n’est pas claire. Rejoint par un de ses adjoints, il explique qu’ils sont des gens dont il faut respecter la dignité, qu’il ne peut y avoir de paix sans un développement égalitaire et qu’il est nécessaire de faire un effort envers les Arabes pour garantir la paix.

IMG_0995Pug fulmine. Le mélange des genres est évident. Il ne s’agit pas d’une question d’égalité devant le droit. Ce sont des revendications d’égalité dans les subventions et dans l’état-providence. Le maire insiste sur leur volonté de vivre dans la dignité et la cohabitation avec les Juifs mais que pour ce faire, il lui fallait de l’argent. M. Zbili, président du KKL de France et fin analyste de l’état politique et social en Israël, un peu excédé lui aussi, explique, très justement, que le manque de ressources budgétaires est un problème dans toutes les collectivités locales et que le discours eut été le même dans des villages juifs ou chrétiens. Les écarts budgétaires d’une commune à l’autre sont habituels, y compris en France, sans qu’il soit question de discrimination.

Quant à l’idée que la résolution du conflit israélo-palestinien aurait un impact sur le budget de Deir Al-Asad, sincèrement, nous ne voyons pas trop qu’est-ce que ça vient faire là. Mais alors que Pug fulmine, Jeep, beaucoup plus calme, plus sage et aussi meilleur connaisseur des questions de collectivités locales livre l’analyse sans doute la plus réaliste de ce discours : le maire savait à qui il s’adressait, connaissait la puissance du KKL et demande donc logiquement de l’argent ! Le reste étant un habillage politicien plus ou moins habile. Au moins, il aura eu un peu satisfaction : le KKL de France s’engage auprès de la municipalité pour des programmes environnementaux et pour une classe écologique, permettant d’instruire la jeunesse sur les défis environnementaux chers au KKL.

En reprenant le bus, c’est avec un oeil nouveau que nous voyons, encore, la saleté ambiante et les champs d’oliviers constellés de détritus en tout genre. Nous réfléchissons ensemble à voix haute et nous en venons à la même conclusion : les problèmes budgétaires ne sauraient être une excuse à l’incivisme ! Pour rendre une ville propre, il suffit de ne pas jeter ses détritus partout. Loin de nous de fermer les yeux sur les problèmes évoqués par le maire mais le mot de dignité, qu’il a employé à plusieurs reprises, nous revient en mémoire. Et l’aspect général de sa ville, signe évident d’incivisme, tout comme son discours réclamant des subventions en jouant sur une fausse victimisation ne prêche pas en faveur de la dignité. Surtout quand on porte un costume de prix et que les membres du conseil municipal aiment les montres de luxe.

Reprenant la route, nous atteignons le village de Reh’anyia, plus au nord et plus à l’est. Malheureusement, le guide qui devait nous accueillir et nous faire visiter cette communauté circassienne se remet difficilement des effets secondaires d’une séance de chimiothérapie et la visite est annulée. Nous notons, tout de même, une différence criante. Le village est propre, très bien entretenu. On pourrait presque dire choyé. Les Circassiens sont des Musulmans du Caucase installés en Galilée au XIXème siècle pour échapper aux avancées russes. L’endroit, pourtant perdu dans les collines et ne semblant pas posséder davantage de commerces ou d’agriculture que Deir Al-Asad, est charmant et il plane une impression de sérénité très agréable.
IMG_0998Nous remontons dans le bus et nous rendons aux Vignobles Adir, entre Dalton et Kerem Ben Zmira où les petits gars du Sud-Ouest que nous sommes goûtent les vins et les fromages de Galilée avec délectation. Nous avons la chance de passer ce moment très agréable, offrant une vue superbe sur la Galilée en compagnie de Robert Zbili, Président du KKL de France, qui nous explique, avec une énergie communicative, sa passion pour le sionisme qu’il définit comme le travail exaltant de construire et projeter Israël dans l’avenir et qui n’est pas du tout terminé comme certains voudraient le penser.
IMG_3337L’émotion était au rendez-vous après déjeuner. C’est en Jeep, au grand plaisir de Jeep, que nous sommes conduits au belvédère du Mont Adir. Construit par David Eindhorn, un ancien officier pilote de transport de l’aviation israélienne, en l’honneur de son fils Yehonatan, un para, tué en 2006 à 22 ans dans une maison visible depuis là, le belvédère offre une vue magnifique et stupéfiante sur la frontière nord d’Israël et sur le Liban. Depuis ce point de vue, on distingue la Méditerranée à l’Ouest et le plateau du Golan à l’Est.

IMG_1007Avec une dignité et une tendre fierté absolument remarquable, M. Eindhorn nous explique son amour pour Israël, transmis à ses enfants et qu’il continue de chérir avec émotion malgré ce sacrifice terrible. Yehonatan était un soldat courageux, un juif pieux et un jeune homme passionné par la randonnée à la découverte d’Israël. Ses parents, après sa mort, ont décidé de s’atteler à vivre, adoptant des orphelins et travaillant autant qu’ils le peuvent à dispenser amour, douceur et foi autour d’eux. IMG_1014Cette rencontre est un moment très émouvant. Nous avons retrouvé, dans les paroles de ce vieux soldat, les mêmes notions de volonté de paix et d’amitié avec les voisins d’Israël, sans haine ni revanche, que nous avons perçu auprès des jeunes de Tsahal hier. Aucune haine n’est perceptible dans le regard du Colonel. Il dit que le Liban est un pays magnifique avec lequel il espère de tout son être une paix sereine et des échanges humains et commerciaux. Tout ce que l’on perçoit d’Israël depuis deux jours semble résumé dans l’attitude paisible mais ferme du vieux soldat : Israël et ses enfants ne souhaitent que vivre et être heureux chez eux, rien de plus mais rien de moins.

IMG_1035La journée, déjà chargée, s’est terminé à Akko, par la visite des vestiges fascinants de Saint-Jean d’Acre, à la tombée de la nuit et, surprise peu agréable pour Jeep qui n’aime pas ça, au son du Muezzin et par un dîner dans à l’hôtel H’of Hatmarin d’Akko avec toujours des interventions passionnantes, notamment du Grand Rabbin et de l’Imam d’Akko qui évoque son émouvante visite d’Auschwitz.

Mais déjà, nos esprits et nos coeurs sont au lendemain. Le lendemain, ce sera le grand jour…

Goys in Yerushalaim !
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Pug & Jeep



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