Chelmno, 17 Janvier 1945

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Mémorial devant une fosse commune à Chelmno

Il y 70 ans, le 17 janvier 1945, le SS-Standartenführer Hans Bothman ordonne à ses troupes de procéder à la destruction du camp d’extermination de Chelmno, dans le village polonais de Chełmno nad Nerem, à une centaine de kilomètres de Varsovie. L’ordre vient de Himmler

Chelmno est le premier camp dont le but est l’extermination. En Juillet 1941, Arthur Greiser, chef du parti nazi pour la région du Wartheland ou Posen, demande à Himmler l’autorisation d’assassiner 100 000 juifs « inutiles » sur les 420 000 résidant dans sa juridiction. Le SS Sturmbannführer Herbert Lange et son Sonderkommando sont dépêchés sur place avec les camions à gaz au moyen desquels ils ont assassinés en masse de nombreux handicapés physiques et mentaux. Ils réquisitionnent le chateau abandonné de Chelmno et le camp est construit autour. Les opérations commencent en octobre 1941. En Ukraine fraîchement conquise, la Shoah par balles a déjà commencé avec les Einzatzgruppen qui liquident les populations juives à coup de mitrailleuses et de fusils.

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Camion à gaz Magirus incendié et abandonné à Chelmno

Pour les hommes de Lange, la méthode est simple et on y retrouve déjà la technique utilisée ensuite dans les autres camps d’extermination. Les déportés étaient accueillis au château et étaient informés qu’ils avaient été regroupés au camp pour du travail forcé et qu’avant d’être affectés à leur poste, vu qu’ils sortaient de ghettos infâmes, ils devaient être désinfectés et douchés. Ils étaient invités à se déshabiller entièrement et à s’entasser par 50 en moyenne à l’arrière de camions spécialement aménagés. Une fois les portes fermées, le camion démarrait et restait à l’arrêt un quinzaine de minutes, les gaz d’échappement du moteur étant dirigés vers le compartiment arrière, hermétiquement fermé. Le monoxyde de carbone faisait son oeuvre parmi les déportés. Ensuite, les camions partaient avec leur chargement vers le bois Rzukoswki ou les cadavres étaient enfouis dans d’immenses fosses communes d’environ 60m X 240m. La méthode de gazage n’étant pas fiable à 100%, ceux qui étaient encore en vie étaient soit achevés par les SS sur place, soit enfouis directement avec les cadavres.

SS-Sturmbannführer Rudolf Höß

SS-Sturmbannführer Rudolf Höß

A l’automne 1942, le Sonderkommando 1005, spécialement chargé de faire disparaître les traces et preuves des crimes nazis arrive à Chelmno et procède à l’ouverture des fosses communes pour les brûler sur de grands bûchers, de fours crématoires sommaires, creusés dans le sol, et même broyer les os aux moyens d’une machine spécialement amenée sur place. Le travail est long et pas assez efficace et l’idée de fours crématoires plus perfectionnés voit le jour, notamment après la visite du commandant d’Auschwitz, Rudolf Höss, venu pour étudier les méthodes de liquidation des cadavres.

En avril 1943, après destruction des installations, le camp est fermé, ayant rempli sa fonction de liquidation des Juifs, Tziganes, Polonais, prisonniers russes et aussi 80 enfants tchèques déportés du village de Lidice, le Oradour-sur-Glane du front Ouest.

Chelmno est réactivé en juin 1944 pour liquider le ghetto de Lodz, cette fois entièrement dans la forêt pour ne pas perdre de temps mais toujours avec la méthode des camions à gaz alors que les autres camps de Sobibor, Treblinka, Maidanek, Belzec et Auschwitz ont adopté des chambres à gaz. Plusieurs milliers personnes sont exterminées durant cette deuxième phase.

Plaque commémorative sur les ruines d'un four crématoire de la phase II

Plaque commémorative sur les ruines d’un four crématoire de la phase II

Lorsque l’ordre est donné de détruire le camp, le Sonderkommando, l’unité composée de déportés chargés de la manutention des corps, doit être liquidé également. Dans la nuit du 17 au 18 janvier, les membres restant du Sonderkommando se révoltent mais meurent dans l’incendie du baraquement ou ils sont retranchés, sous les yeux impassibles des SS.

Les chiffres définitifs de l’extermination à Chelmno ne sont pas établis. La justice allemande en 1962 retiendra un minimum incontestable de 150 000 personnes, l’estimation polonaise de 1946 étant de 340 000 personnes.

L’oubli est un ennemi aussi grand que le fut le Nazisme. Et nous le vaincrons aussi.

Pug – 17 janvier 2015



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