De nouvelles découvertes indiquent que l’Hébreu fut le plus ancien alphabet du monde – 1ère Partie

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Sinai375a, un fragment de pierre d’Egypte avec le nom « Akhisamac » (Exode 31:6) sur les deux lignes horizontales (Droits: Dr Douglas Petrovitch)

Par Steve Law

 Traduction Pug - Correction Tina
Traduit avec l'aimable autorisation de l'auteur
Article original: NEW DISCOVERIES INDICATE HEBREW WAS WORLD’S OLDEST ALPHABET

Et Moïse écrivit toutes les paroles de l’Eternel. –
Exode 24 :4 (Darby)


De saisissantes nouvelles preuves découvertes par le Professeur Douglas Petrovich pourraient changer la façon dont le monde appréhende les origines de l’alphabet et la première écriture Biblique. Comme il fallait s’y attendre, ses propositions controversées ont déclenché une réelle Polémique.

Dans ce premier d’une série de deux articles, seront abordés le contexte et l’importance de ce sujet tandis que seront présentés dans un deuxième volet, certaines spécificités des nouvelles découvertes ainsi que  l’argumentation des détracteurs.

L’enseignement en usage dans les écoles depuis plusieurs décennies explique que ce sont les Phéniciens qui ont développé le premier alphabet du monde autour de 1050 av JC. Cet alphabet se serait ensuite répandu aux Hébreux et autres cultures de la région cananéenne dans les siècles suivants avant d’être repris par les Grecs et les Romains et transmis aux alphabets modernes d’aujourd’hui. Cependant, beaucoup peuvent ne pas avoir compris les implications de cette vision quant à  l’idée traditionnelle que Moïse est l’auteur des cinq premiers livres de la Bible.

Alors que l’écriture avait longtemps été en usage chez les Egyptiens et peuples de Mésopotamie, ces derniers utilisaient des systèmes d’écriture complexes (hiéroglyphiques et cunéiformes) qui étaient limités parce qu’ils employaient près d’un millier de symboles avec de nombreuses variantes supplémentaires représentants non seulement des sons mais aussi des syllabes et des mots entiers. Les messages qu’ils conféraient étaient assez simples, alors que la Bible utilise des formes complexes de langage. Le génie du premier alphabet fut de tout réduire à environ deux douzaines de lettres qui, originellement, représentaient seulement les sons consonnes. A partir de ces quelques lettres, chaque mot d’un langage peut être facilement représenté.

Exemple d'écriture cunéiforme qui possédait des centaines de symboles, avec 30 ou plus variantes (Wikimédia Commons)

Exemple d’écriture cunéiforme qui possédait des centaines de symboles, avec 30 ou plus variantes (Wikimédia Commons)

Pour un travail d’écriture aussi sophistiqué que la Bible, la flexibilité d’un alphabet est essentielle. Si celui-ci  n’avait pas été inventé avant  la période admise c’est-à-dire environ 1050 av JC, alors Moïse n’aurait pas pu écrire les cinq premiers livres de la Bible quatre siècles plus tôt.

Aujourd’hui, de nouvelles preuves qui pourraient tout changer ont été annoncées par le Professeur Douglas Petrovitch, un archéologue, épigraphe et professeur d’études d’Egypte Antique à l’Université Wilfrid Laurier à Waterloo, au Canada. L’épigraphie est l’étude des inscriptions, elle consiste à en  faire des classifications et à rechercher les plus infimes distinctions entre les différents systèmes d’écriture tout en définissant leur signification et le contexte culturel dans lequel elles  ont été écrites. Après plusieurs années d’étude minutieuse, Petrovich estime qu’il a rassemblé suffisamment de preuves pour établir le fait que, non seulement l’alphabet était en usage plusieurs siècles avant la période habituellement avancée mais de plus, qu’il était bien une  forme d’Hébreu primitif, idée impensable il y a peu .

Sir Flinders Petrie 1853-1942

Sir Flinders Petrie 1853-1942 (Wikimedia Commons)

La présentation habituelle du Phénicien comme le premier alphabet est curieuse, puisque les spécialistes connaissent depuis longtemps des inscriptions alphabétiques beaucoup plus anciennes. Ainsi, en 1904-1905, Sir Flinders Petrie, le père de l’archéologie égyptienne, et sa femme Hilda ont découvrirent plusieurs inscriptions alphabétiques rudimentaires dans les mines de cuivre et de turquoise contrôlées par les Egyptiens dans la péninsule du Sinaï.

Sir Alan Gardiner 1879-1963 (copyright Thinking Man Media)

Sir Alan Gardiner 1879-1963 (copyright Thinking Man Media)

Sir Alan Gardiner, le plus éminent linguiste de son temps, déchiffra plusieurs de ces écritures et affirma qu’elles représentaient une forme primitive d’alphabet et qu’elles utilisaient un langage sémitique. L’écriture devint connue sous le nom de « Proto-Sinaïtique » et fut datée vers l’Age de Bronze moyen, entre  1600 et  1500 av JC.

William Foxwell Albright 1891-1971 (Wikimedia Commons)

William Foxwell Albright 1891-1971 (Wikimedia Commons)

W.F. Albright, l’américain connu comme le père de l’archéologie biblique popularisa l’idée que ces écrits étaient sémitiques et beaucoup acceptèrent l’idée que des esclaves israélites étaient les auteurs de ces inscriptions.

L’Hébreu fut revendiqué comme le plus ancien alphabet du monde pour la première fois dans les années 20 par le savant allemand Hubert Grimme. « Bien que Grimme ait  identifié plusieurs des inscriptions égyptiennes comme étant de l’Hébreu, il a été incapable d’identifier tout l’alphabet correctement »,  explique Roni Segal, conseiller académique de l’Institut Israélien d’Etudes Bibliques, une université en ligne spécialisée dans l’Hébreu Biblique, qui a communiqué au journal Breaking Israel News.

Alors que le scepticisme moderne à propos du récit biblique de la période de l’Exode s’est mis en place à la fin du 20ème siècle, les savants se sont généralement désolidarisés de l’idée que les inscriptions Proto-Sinaïtiques étaient l’œuvre de mineurs israélites. De plus, la découverte de nombreuses autres inscriptions alphabétiques dans la région de Canaan datées de la période entre 1200 et 1050 av JC ont mis en avant la nécessité d’une nouvelle catégorie. Ces dernières, et quelques autres fragments de la région qui étaient similaires aux élaborations Proto-Sinaïtiques, ont été appelées « Proto-Cananéennes. »

Une comparaison entre les lettres hébraïques qui entrèrent en usage après la Captivité à Babylone (débutée autour de 586 avJC), le présumé alphabet

Une comparaison entre les lettres hébraïques qui entrèrent en usage après la Captivité à Babylone (débutée autour de 586 avJC), le présumé alphabet « Proto-Hebreu » original et les hiéroglyphes égyptiens qui peuvent avoir été la base pour beaucoup des lettres (Copyright Dr Douglas Petrovitch)

Le système pour toutes ces formes semble avoir été développé depuis les Hiéroglyphes égyptiens, qui furent utilisés comme base pour créer 22 lettres alphabétiques représentants les sons consonnes constituant le langage sémitique des écritures. Les premières écritures admises par les spécialistes comme utilisant une écriture « Hébraïque » sont toutes datées après 1000 av JC et classées comme utilisant l’alphabet « Paléo-Hébreu ».

L’ironie réside dans le fait que ces écritures en « Paleo-Hébreu » sont souvent impossibles à distinguer des écritures phéniciennes et sont tout autant un développement naturel des plus anciens exemples de Proto-Sinaïtique et de Proto-Cananéen. Pourtant, la plupart des sources continuent à communiquer le paradigme habituel. Dans son article sur l’alphabet phénicien, Wikipédia affirme que « L’alphabet phénicien, appelé conventionnellement l’alphabet Proto-Cananéen pour les inscriptions plus anciennes qu’environ 1050 av JC, est l’alphabet authentifié le plus ancien. » Cette affirmation est maintenue en dépit du fait que les exemples les plus anciens ne viennent pas de Phénicie et sont plus anciens que l’existence de la culture phénicienne. Cet usage serait-il commodément  et intentionnellement conservé par ceux qui ne veulent pas que Moïse puisse être considéré comme un auteur possible de la Torah ?


 

« Et fortifiez-vous beaucoup pour garder et pour pratiquer tout ce qui est écrit dans le livre de la loi de Moïse, afin de ne vous en écarter ni à droite ni à gauche.  »
Josué 23 :6


Alors, l’alphabet Hébreu a-t-il été développé depuis le Phénicien ou bien est-ce l’inverse ? Les formes les plus anciennes d’alphabet (Proto-Sinaïtique et Proto-Cananéen) peuvent-elles être aussi simplement considérées comme « Proto-Hébreu » et cette forme primitive d’alphabet peut-elle être le véritable » premier alphabet du monde » ? Cette forme la plus ancienne d’Hébreu peut-elle s’être répandue à travers la région et être  devenue  ce qui est maintenant connu comme le Phénicien ou Paleo-Hébreu ?

Le courant majoritaire des chercheurs ne va pas dans ce sens, s’appuyant sur l’idée que la seule chose que l’on peut affirmer avec certitude c’est que  ces écritures alphabétiques  sont sémitiques et que l’Hébreu n’est que l’une des variétés des nombreux langages sémitiques en usage à cette époque.

Cependant, en 1999 John et Deborah Darnell firent une découverte passionnante qui relança le débat dans un lieu appelé Wadi el-Hol  en Moyenne Egypte . Il s’agit d’inscriptions alphabétiques qui  apparaissent comme un système hybride entre symboles hiéroglyphiques et symboles alphabétiques. Une fois de plus est confirmée  l’idée du passage direct  des hiéroglyphes aux écritures sémitiques. La surprise de cette découverte vient du fait que ces écritures datent de la 12ème dynastie qui, en termes conventionnels, correspondent aux alentours de 1850 av JC.

Un dessin de l'une des plus anciennes inscriptions alphabétiques du monde provenant de Wadi El-Hol en Egypte et daté du Moyen Empire (18ème Dynastie) aux alentours de l'époque de Joseph. - BRUCE ZUCKERMAN EN COLLABORATION AVEC LYNN SWARTZ DODD Pots and Alphabets: Refractions of Reflections on Typological Method (MAARAV, A Journal for the Study of the Northwest Semitic Languages and Literatures, Vol. 10, p. 89) (Wikimedia Commons)

Un dessin de l’une des plus anciennes inscriptions alphabétiques du monde provenant de Wadi El-Hol en Egypte et daté du Moyen Empire (18ème Dynastie) aux alentours de l’époque de Joseph. – BRUCE ZUCKERMAN EN COLLABORATION AVEC LYNN SWARTZ DODD Pots and Alphabets: Refractions of Reflections on Typological Method (MAARAV, A Journal for the Study of the Northwest Semitic Languages and Literatures, Vol. 10, p. 89) (Wikimedia Commons)

Ces faits incontestables  encouragèrent davantage de savants à revenir à l’idée que ces écrits anciens étaient liés au séjour des Israélites en Egypte. L’égyptologue David Rohl a d’ailleurs émis la théorie que l’élément décisif a  pu venir de Joseph pendant sa période de pouvoir en Egypte et que ce système a pu donc être développé ensuite par Moïse lui permettant ainsi d’écrire ce qui deviendra les cinq premiers livres de la Bible au Mont Sinaï.

Rohl a écrit ce qui suit :

« … il fallait les compétences multilingues d’un Prince d’Egypte Hébreu éduqué pour faire de ces premiers simples graffitis une écriture fonctionnelle, capable de transmettre des idées complexes et un narratif courant. Les Dix Commandements et les Lois de Moïse furent écrites en Proto-Sinaïtique. Le prophète de Yahweh – qui maitrisait à la fois la littérature épique égyptienne et mésopotamienne – n’a pas été seulement le père fondateur du Judaïsme, du Christianisme et, à travers la tradition coranique, de l’Islam, mais aussi le géniteur des écritures alphabétiques Hébraique, Cananéenne, Phénicienne, Grecque et donc de l’alphabet occidental moderne. »
David Rohl (2002) Le testament perdu, page 221.

Cependant, ces assertions n’ont pas modifié la position de la plupart des savants qui considèrent qu’il  n’y a pas assez de preuves spécifiques pour déplacer  ces écritures alphabétiques anciennes de la catégorie « Sémitique » à celle de « Hébraïque ».

Arrive alors Douglas Petrovitch et ses revendications , il apporte de nouvelles  et multiples  preuves spécifiques attendues dans ce dossier afin de le réouvrir . Ce qu’il a exactement trouvé et ce que sont quelques-unes des premières réactions seront le sujet de la seconde partie de cet article dans le « Thinker Update » de la semaine prochaine.

Patterns of Evidence: Exodus: A Filmaker’s Journey


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Un commentaire

  • En ce qui concerne la relation hébreu phénicien, j’ai été frappé par la similitude entre l’hébreu et le phénicien dans le roman historique de Patrick Girard « Le roman de Carthage « .
    L’épisode du sacrifice d’Isaac par Abraham est le point de rupture entre la culture phénicienne infanticide et la culture juive bénissant la vie.

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