L’opération Opéra

Opération Opéra מבצע אופרה,

Les récentes négociations (qui durent quand même depuis quelques années) sur le programme nucléaire Iranien font peser une très lourde menace sur Israël et la stabilité du Moyen-Orient. Pour Israël une telle menace n’est pas nouvelle et par le passé, la H’eil Ha’Avir, l’armée de l’air, a montré sa capacité à neutraliser un danger de cette nature au cours d’un raid aérien resté dans les anales : l’opération Opéra.

Le programme nucléaire Irakien

Au milieu des années 70, l’Irak de Saddam Hussein est un des états les plus en vue du moyen orient. Le dictateur a en effet lancé son pays dans une modernisation à marche forcée et les grandes compagnies occidentales se frottent les mains devant les perspectives offertes, quitte à vendre du matériel plus que sensible « buisness is buisness ». La rivalité de l’Irak avec l’Iran a déjà dopé les ventes d’armes dans la région et la France en profite largement, les Mirage F1 seront le fer de lance de l’armée de l’air Irakienne dans les années suivantes. Mais Saddam ne se satisfait pas de ce matériel conventionnel, fut-il au top niveau de l’époque, et dès 1975 lors d’une visite en France, il entame des négociations pour obtenir l’énergie nucléaire. Un accord est signé en novembre 1975 pour la fourniture d’un petit réacteur de 70MW. Comme l’Iran aujourd’hui, l’Irak affirme que l’objectif est scientifique et purement pacifique. Mais déjà bruisse la rumeur d’une bombe atomique arabe. Pour Israël cette rumeur est plutôt une très lourde menace.

Neutraliser la menace

Avant d’en arriver au bombardement, l’état hébreu a usé d’autres voies pour mettre fin aux projets Irakiens. Tel Aviv tente dans un premier temps de faire pression sur Paris, via Washington pour que la France mette fin à son programme en Irak. En vain. C’est ensuite le Mossad, qui est mis à contribution pour tuer la menace dans l’œuf. Premièrement en faisant sauter la cuve du réacteur destiné à l’Irak, alors en construction à la Seyne-sur-mer aux CNIM. Opération menée par 7 Katsa (agent de terrain) le 9 avril 1979. Puis en juin 1980 c’est un haut responsable Irakien du programme nucléaire qui est assassiné dans un hôtel parisien. Mais ces efforts sont encore une fois vains, et c’est à la H’eil Ha’Avir, l’armée de l’air qu’échoit la lourde tache de neutraliser le monstre en devenir.

Une mission unique en son genre

trajet du raidInstallé sur le site d’Al-Tuwaitha au sud est de Bagdad, le réacteur nucléaire Irakien (surnommé Osirak car basé sur le réacteur Osiris de Saclay) comporte en fait 2 réacteurs. Le principal Tammuz 1 de 70 MW et un secondaire Tammuz 2 de taille inférieure. Pour la H’eil Ha’Avir deux difficultés se posent : la nécessité d’attaquer rapidement, avant que le réacteur ne devienne chaud (chargé en combustible nucléaire), ce qui ferait alors courir le risque de transformer le moyen orient en No man’s land radioactif. La date butoir est estimée à l’été 1981. Ensuite, il lui faut planifier une attaque au dessus d’un territoire hostile (la guerre Iran Irak fait alors rage) à l’extrême limite de l’endurance de ses avions de chasse. La date est aussi fonction de la livraison de la majeure partie des chasseurs F-16 commandés aux Etats-Unis car Israël s’attend à subir un nouvel embargo international sur les armes après le raid.

L’entraînement des pilotes à lieu dans le désert du Negev fin 1980 sur une maquette du réacteur Irakien. Initialement fixé au 10 mai 1981 l’attaque est repoussée car des infos signalent la présence sur le site de techniciens Français. C’est finalement le 7 juin 1981 que les avions décollent. Ce sont 8 F-16 des 117e et 110e escadron, chargés de bombes et de réservoirs supplémentaires (l’un des pilote est Ilan Ramon, futur premier astronaute Israélien). Ils sont escortés par 6 F-15 et un E2 Hawkeye pour le contrôle aérien.

schema de l'attaque des bombardiersTrès tôt les conditions météo forcent la formation à voler plus au sud que prévu, tant et si bien qu’en survolant la port d’Aquaba, le Roi Hussein de Jordanie, alors sur son yacht peut la voir passer ! Comprenant que son pays n’est pas visé (lui-même est pilote), il prévient Saddam Hussein sans savoir s’il reçoit le message. L’approche de l’objectif se fait à basse altitude pour limiter les risques de détection. A l’approche de l’Euphrate, les avions larguent leurs réservoirs additionnels vides et accélèrent pour l’attaque. L’assaut à lieu après une brusque montée à 8000 pieds suivie d’un piqué droit sur la centrale, le premier F16 largue ses bombes à 3500 pieds avant de dégager à basse altitude. Les autres avions suivent toutes les 5 secondes. Au cinquième, le dôme du réacteur s’effondre et la centrale n’est plus qu’un brasier. La DCA Irakienne qui c’était montrée absente jusque là se réveille enfin alors que les avions se rassemblent au dessus de Bagdad pour entamer le vol retour à plus haute altitude. L’attaque a duré 45 secondes et 90 minutes après l’attaque, les avions se posent sans avoir subi la moindre perte. Ils n’ont pas vu l’ombre d’un chasseur Irakien durant tout le vol. Le raid a fait une victime au sol, un technicien Français, la rumeur veut qu’il soit resté sur place pour guider l’attaque avec une balise radio.

Les réactions internationales

La condamnation de l’attaque fut unanime à L’ONU. La communauté internationale dénonçant une attaque préventive qui allait à l’encontre de toutes les lois onusiennes. Mais Saddam Hussein n’a jamais fait de mystère de sa volonté d’attaquer – il en parle dans de nombreux discours – ni de quel type d’arme il réserve à « l’entité sioniste ». On se rappellera à cette occasion que l’Irak a participé à tout les conflits contre Israël depuis 1947 et n’est pas signataire des accords de paix de 1949 (sans parler de son soutient à l’OLP). Militairement, les USA suspendirent la livraison des derniers chasseurs F-16 qu’Israël avait commandé, comme prévu. Cependant cette crise à largement mis en évidence les défauts des mesures sur la non prolifération des armes nucléaires, l’AIEA (l’agence internationale pour l’énergie atomique) s’est ainsi montrée incapable d’empêcher l’Irak de monter son programme atomique. Les nations occidentales ont également démontré leur manque de bonne volonté, la France de François Mitterrand choisissant notamment d’honorer les contrats plus que sensibles pris par son prédécesseur avec le dictateur Irakien.

A posteriori, il est difficile de ne pas penser que le Moyen-Orient et le monde doivent une fière chandelle à Israël qui a privé Saddam Hussein de l’arme atomique, surtout si l’on se souvient qu’il n’a pas hésité en 1988 à employer des armes chimiques contre la population Kurde à Halabja. Ce raid est aujourd’hui à voir comme un sérieux avertissement pour l’Iran qui a d’ailleurs fort bien compris qu’Israël ne recule devant rien pour assurer sa sécurité et a pris ses précautions en enterrant et en dispersant ses installations atomiques. Pour Israël, ce raid est une réussite éclatante, la H’eil Ha’Avir montre encore une fois toute l’étendue de ses capacités, mais dans le contexte actuel, il passe plutôt pour un exploit très difficile à renouveler. L’Iran est une cible bien plus éloignée et mieux préparée que ne l’était l’Irak. Mais ce n’est pas la première fois que ce genre de difficulté se pose et la H’eil Ha’Avir a toujours fait preuve d’ingéniosité et d’audace pour assurer sa mission.

Buzz

http://theaviationist.com/2014/06/07/operation-opera-explained/

http://tsahal.fr/glossaire/operation-opera/

Nn kill marking pas comme les autre. La cocarde irakienne et la sinistre silhouette d'un réacteur nucléaire

Nn kill marking pas comme les autre. La cocarde irakienne et la sinistre silhouette d’un réacteur nucléaire

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