Les Juifs ont tué Jésus !

La crucifixion de Jésus par Rembrandt

Souffrez que l’on tue dans l’oeuf un des principaux mythes antisémites et qu’on mette les choses au clair là-dessus. Pendant 2000 ans, les chrétiens ont justifié l’antisémitisme en accusant les juifs d’avoir tué Jésus Christ et donc d’avoir commis un Déicide. Nous avons une position biblique et rationnelle sur le sujet.

Ce terme de « Déicide » n’apparaît nulle part dans la Bible, qui est pour la seule source de vérité pour les chrétiens et au minimum le seul récit complet des circonstances de la mise à mort de Jésus. Cette notion de déicide est apparue bien plus tard au sein de l’Eglise Catholique mais n’est nullement présente dans les Actes des Apôtres ou les Épîtres. A aucun moment les apôtres ne théorisent une quelconque rancœur ou vengeance contre le peuple juif dont ils étaient eux-même tous issus comme l’écrasante majorité des premiers chrétiens. Au contraire, Paul dans son épître aux Romains et Jean dans son Apocalypse montrent à quel point le peuple d’Israël reste central dans le message du salut en Christ.

Entrée du Christ dans Jérusalem par Giotto, 1306

Entrée du Christ dans Jérusalem par Giotto, 1306

Mais revenons à la crucifixion de Jésus. Certes, les Juifs ont amené Jésus aux Romains et ont exigé sa mort (Matthieu 27, 11-26). Mais lorsqu’on lit attentivement les récits, on lit à plusieurs reprises que c’est un peu plus compliqué que ça. On lit par exemple que le peuple de Jérusalem accueille Jésus en Roi et avec des cris de joie « Hosanna, Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur  » dans un véritable triomphe (Marc 11, 9). Il réalise des miracles devant des foules nombreuses qui l’acclament et à plusieurs reprises, le peuple veut en faire son Roi d’un Israël libéré des Romains mais il s’échappe parce qu’il n’est pas là pour un poste politique (Jean 6, 15) mais pour être le Roi du coeur des hommes. Mais son influence et sa notoriété sont un affront et un danger pour le clergé juif réuni dans une instance appelée le Sanhédrin ainsi que pour les différentes obédiences de la religion juive, les pharisiens et les sadducéens principalement dont le pouvoir et l’influence reposent sur un équilibre socio-économique que Jésus met en danger (Jean 11, 47-52) . Les évangiles indiquent clairement à plusieurs reprises qu’ils complotent pour le mettre à mort. (Luc 22, 1-2) Cela indique un petit groupe de gens qui agissent dans l’ombre, par intérêts inavouables en public et avec malice. Le mot « ruse » est même cité (Matthieu 26, 4) D’ailleurs, ces gens paient un traître qui devra les mener à Jésus quand celui-ci sera vulnérable. (Matthieu 26, 14-16)

Jean Bourdichon - Baiser de Judas Livre d'Heures -Tours - fin du 15è.s

Jean Bourdichon – Baiser de Judas Livre d’Heures -Tours – fin du 15è.s

Et Judas les mène à Jésus en pleine nuit quand celui-ci est seul avec trois disciples, au moment du repas de la Pâque ou les familles juives sont toutes réunies et ou les rues sont vides (Luc 22, 47). Il s’agit presque d’un kidnapping ! L’audience de Jésus se fait en pleine nuit après la Pâque, la fête juive par excellence (Luc 22, 7), en toute hâte et avec le sentiment qu’il faut en finir vite, par peur que le peuple qui l’acclamait quelques jours auparavant ne réagisse (Marc 14, 2). Le lendemain, les pharisiens sont pressés par le temps et mettent une pression terrible à Pilate qui est le seul à pourvoir condamner quelqu’un à mort dans cette province romaine (Luc 23, 5). Pilate cède par faiblesse, en se lavant les mains (Matthieu 27, 24) et condamne Jésus à mort mais là aussi, les juifs ne sont plus maîtres du jeu. Seule l’armée romaine peut procéder à une crucifixion et ce sont les légionnaires romains, sous l’ordre d’un Centurion, dont le chef suprême est César, qui crucifient Jésus (Marc 15, 16-24).

Les juifs sont clairement les commanditaires mais comme on le voit, c’est un complot en douce d’un petit groupe qui ne représentent pas le peuple d’Israël. Donc la responsabilité des juifs en tant que peuple ne peut pas être retenue. Celle de l’Empire Romain qui procède à la mise à mort par la lâcheté de son représentant est nettement plus grande.

Mais allons encore plus loin. Certes, les Pharisiens déclarent: « que son sang soit sur nous et sur nos enfants » mais ils le font pour dédouaner Pilate de sa propre responsabilité et achever de le convaincre (Matthieu 27, 25). C’est une tromperie, ni plus ni moins. Mais plus encore que les paroles menteuses et machiavéliques des Pharisiens, il faut retenir la prière de Jésus à son Père: « Père, pardonne-leur car ils ne savent ce qu’ils font » (Luc 23,34) De qui Jésus parle-t’il ? Des Romains seulement ? Possible mais pas du tout certain puisque la Bible ne le précise pas. Jésus demande le pardon de Dieu pour ses bourreaux et Dieu écoute la voix de son Fils. Il est évident dans cette prière que les bourreaux de Jésus ont reçu son pardon.

La crucifixion par Gustave Doré

La crucifixion par Gustave Doré

Mais surtout, et c’est le point central du christianisme, Jésus, criant d’une forte voix (donc pas du tout mourant), dit « Père, entre tes mains, je remets mon esprit » (Luc 23, 46) et il meurt à la fin de la phrase. Jésus a choisi de mourir, il n’a pas été tué. Il est entré dans la mort, comme dit la Bible, ce qui implique une volonté de sa part. Et il l’a fait pour vaincre la mort et ressusciter au troisième jour, ce qui était sa mission de tout temps.
En effet, dans la théologie chrétienne originale, la mort de Jésus était nécessaire pour vaincre la Mort et le Péché. Le contexte de sa mise à mort et les responsabilités juridiques, etc, n’ont finalement aucune importance puisqu’il avait choisi de le faire et devait le faire.

La conclusion s’impose d’elle-même : L’antisémitisme chrétien au nom du Déicide qui n’a aucune base et au nom d’une mise à mort que Jésus voulait et avait accepté et pour laquelle il a demandé le pardon de ses bourreaux est infondé et totalement et définitivement inacceptable.

Pug – 6 octobre 2014

10 commentaires

  • Tant de textes soulignent cela:
    Evangile de Jean ; Chapître 10, versets 17-18.
    (Paroles de Jésus)
    10.17
    Le Père m’aime, parce que je donne ma vie, afin de la reprendre.
    10.18
    Personne ne me l’ôte, mais je la donne de moi-même; j’ai le pouvoir de la donner, et j’ai le pouvoir de la reprendre: tel est l’ordre que j’ai reçu de mon Père.

    • Si l’on est croyant, Dieu est tout puissant et a tous les pouvoirs. D’après le nouveau testament, Dieu a donc décidé et choisi de faire mourir « son fils Jesus » atrocement sur la croix… c’était son sort et sa destinée, et le rôle de Judas de le trahir. De blâmer Judas et les juifs d’avoir trahi et tué Jésus est simplement du pur antisémitisme démarré par l’église. Toute l’histoire de Jésus était prédestinée par Dieu !

  • En tant que juif, je me suis toujours dit que si, selon les croyances chretiennes, Jesus etait le fils de Dieu, alors il devait connaitre son futur, en patrticulier son arrestation.

    Le recement decouvert (mais conteste par certains) evangile de Judas semble indiquer que c’est peut etre Jesus lui meme qui etait a l’origine de son arrestation et aurait donne ses instructions a Judas.

    Votre texte est clair et precis, mais les antisemites (comme tous les racistes) n’ont que faire de reflexions profondes. un fait particulier est suffisant pour prouver leurs theories. Pendant longtemps, la soit disant trahison de Judas, etait preuve en elle meme de la duplicite des juifs en general (et je passe sur ce que j’ai lu et entendu pendant l’affaire Madoff, surtout de la part de certains qui ont 100 fois plus de fric que moi).
    Comme vous le dite la notion de peuple deicide est une invention de l’eglise Catholique, reprise dans le Lutherisme et le Calvinisme. Je ne suis pas sur que les eglises evangeliques (Pays Bas, USA, etc..) l’avait incorpore. A noter qu’apres des siecles de dommages causes, Cette notion fur annulee de la doctrine catholique par « Nostra Aetate »durant la 4 eme periode de Vatican II (1965).

  • En tant que chrétienne je me suis toujours demandée: Si Jésus lui-même à demander à son père de pardonner ceux qui l’ont crucifié, qui sommes nous , nous pour juger?

  • Bonjour,

    pour aller dans le sens de l’article, selon la tradition hindoue, Jésus est un  » avatar », c’est à dire l’incarnation du divin sur terre, venu pour rétablir le  » dharma », c’est à dire, le bien, ou la Loi. ( comme Krishna) Or personne ne peut tuer un avatar, sauf si celui-ci est d’accord pour qu’on le tue. Par les pouvoirs dont est doté un avatar, Jésus avait en effet la possibilité de ne pas être crucifié et d’échapper à ses bourreaux en un claquement de doigts. Or il a décidé de  » mourir ». Pourquoi? Sans doute parce que telle était sa mission. Sans doute aussi que sa mort nous montre que bien qu’il ait été un grand prophète, l’ un très plus grands maîtres spirituels de tous les temps, l’incarnation même du Principe divin, il a accompli et accepté son destin d’homme. C’est un exemple pour les hommes. Pour finir, Jésus, issus du judaïsme, élevé comme un juif, est clairement l’un des plus grands personnages de l’humanité. Sa naissance au sein de peuple juif nous montre ce que ce peuple est capable d ‘apporter au monde en terme d’Amour et de Conscience. Bravo pour votre site. Il est réconfortant.

  • Merci beaucoup pour cet article et la qualité de votre site.
    Oui ,beaucoup de gens affirment que « les Juifs » ont tué Jésus. Mais, d’un point de vue biblique, si on réfléchit bien, c’est NOUS TOUS qui avons tué Jésus à cause de nos péchés. Si l’homme n’avait pas péché, le Fils de Dieu n’aurait pas eu besoin de venir mourir à notre place. D’ailleurs ce n’est pas par hasard si Paul dans son épître aux Hébreux (6:4-6) dit que tous ceux (quel qu’ils soient…) qui, après avoir connu le Seigneur, finissent par l’abandonner et le renier, crucifient le Christ UNE DEUXIÈME FOIS. Ces hommes ont crucifié le Christ une première fois en étant pécheurs, , ils avaient reçu le pardon en Jésus mais l’ont renié en retombant volontairement dans le péché ce qui équivaut à le crucifier une seconde fois.
    Ceux donc qui affirment (ou ne l’affirment pas mais le pensent quand même…) que ce sont les Juifs qui ont crucifié Jésus prouvent non seulement qu’ils sont racistes (c’est du cœur que la bouche parle, et de tels propos ne présagent pas de bonnes choses quant au contenu du cœur de la personne qui parle !), mais encore qu’ils n’ont pas compris le message de l’Évangile et le sens profond de la mort de Jésus, et sont par conséquent en grand danger spirituel ! (Celui qui n’a pas le Fils n’a pas la vie).

  • Bonjour,

    Je découvre ce site et vous remercie pour vos articles forts intéressants et enrichissants.
    Aussi, j’exprime mon accord avec votre conclusion Pug .
    Si nous sondons sérieusement toutes les Écritures, et avec l’assistance de L’Esprit Saint, nous arrivons à cette conclusion que cet homme «  Jésus, le Nazaréen » est bien le Messie, le Christ envoyé du Ciel, qui avait été annoncé bien longtemps à l’avance par les Saints Prophètes et par les Saintes Écritures.
    Ses témoins directs et indirects nous ont laissé quelques descriptions de sa vie, sa personne, son ministère par leurs écrits inspirés par l’ Esprit de vérité qui atteste à notre esprit que cela est vrai…
    Comme l’atteste Jean l’apôtre bien aimé : « Jésus a fait encore beaucoup d’autres choses. Si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde même pût contenir les livres qu’on écrirait ! »
    Ce ne sont effectivement pas « les Juifs » comme le prétendent les ignorants et les menteurs ainsi que les antisémites de tous bords, qui ont tué Jésus-Christ/Yeshuah ha Mashiah l’homme , mais c’est par la main des impies et ce à cause de NOS péchés ! Nous étions TOUS coupables et méritions TOUS la mort, car le salaire du péché c’est la mort…
    Ainsi, par sa mort volontaire et expiatoire, comme un « agneau sacrifié», Le Christ nous a donc réconciliés avec notre Créateur : Le grand « JE SUIS » !
    Aussi Jésus/Yeshua, à la Croix à Golgotha, intercédât auprès du Père « JE SUIS » en faveur de ses ennemis. Nous étions alors « Ses Ennemis » à cause de nos vies, pécheurs, égarés que nous étions et finalement bien loin de notre Créateur…
    Souvenons-nous donc de sa parole : « Père, pardonne-LES car ILS ne savent pas ce qu’ ILS font… »
    Ainsi quand Jésus le Christ s’adressait au Père, Il ne parlait pas seulement de ceux qui L’ont crucifié à son époque, mais de NOUS les injustes, les pécheurs ! Il a effectivement intercédé en notre faveur ! Le Juste pour les injustes !
    Ainsi « JE SUIS », par la mort de l’homme « Jésus de Nazareth » nous a réconciliés avec Lui…
    Et en le ressuscitant d’entre les morts, Il nous a justifiés Juifs et Goïms, unis sommes-nous aujourd’hui par le Christ, le Messie, Yeshua ha Mashiah…
    Et cela par sa Grâce et sa grande Miséricorde ! Que son Nom soit élevé et béni !
    Shalom.

  • Il faut lire « Jésus et Israël » de Jules Isaac (1948) qui argumente de façon détaillée et limpide le sujet.

    Un des éléments intéressants qu’il cite est que dans les anciens manuscrits, Jésus Barabbas et Jésus de Nazareth sont souvent le même unique personnage, « Barrabas » signifiant « le fils du Père » en ancien hébreu ! La foule criant « libérez Barrabas » voulait donc défendre Jésus de Nazareth…

    • Non, Gégé, dans la Bible, il est bien spécifié que la foule a insisté pour que ce soit bien Barabbas le brigand qui soit relâché et non pas Jésus (qui certes dans un sens spirituel se nommait lui-même « Fils du Père », Barabbas en araméen, mais qui n’avait rien à voir avec le brigand qui portait ce prénom !). La foule était bien consciente de la distinction des deux personnages et a bien insisté pour que ce soit Jésus, le « Roi des Juifs », qui soit crucifié:

      « A chaque fête, il [Pilate] relâchait un prisonnier, celui que demandait la foule.
      Il y avait en prison un nommé Barabbas avec ses complices, pour un meurtre qu’ils avaient commis dans une sédition.
      La foule, étant montée, se mit à demander ce qu’il avait coutume de leur accorder.
      Pilate leur répondit : Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs [Jésus] ?
      Car il savait que c’était par envie que les principaux sacrificateurs l’avaient livré.
      MAIS LES CHEFS DES SACRIFICATEURS EXCITÈRENT LA FOULE, AFIN QUE PILATE LEUR RELÂCHÂT PLUTÔT BARABBAS [donc plutôt le brigand].
      Pilate, reprenant la parole, leur dit : Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs [Jésus] ?
      ILS CRIÈRENT DE NOUVEAU: CRUCIFIE-LE !
      Pilate leur dit : Quel mal a-t-il fait ? Et ils crièrent encore plus fort : Crucifie-le !
      Pilate, voulant satisfaire la foule, leur relâcha Barabbas ; et, après avoir fait battre de verges Jésus, il le livra pour être crucifié. »
      Marc 15: 6-15

      « A chaque fête, il était obligé de leur relâcher un prisonnier.
      Ils s’écrièrent tous ensemble : Fais mourir celui-ci, et relâche-nous Barabbas.
      Cet homme avait été mis en prison pour une sédition qui avait eu lieu dans la ville, et pour un meurtre. [le Barabbas de la phrase précédente est donc bel et bien le brigand]
      Pilate leur parla de nouveau, dans l’intention de relâcher Jésus.
      Et ils crièrent : Crucifie, crucifie-le !
      Pilate leur dit pour la troisième fois : Quel mal a-t-il fait ? Je n’ai rien trouvé en lui qui mérite la mort. Je le relâcherai donc, après l’avoir fait battre de verges.
      Mais ils insistèrent à grands cris, demandant qu’il fût crucifié. Et leurs cris l’emportèrent :
      Pilate prononça que ce qu’ils demandaient serait fait.
      Il relâcha celui qui avait été mis en prison pour sédition et pour meurtre [Barabbas], et qu’ils réclamaient ; et il livra Jésus à leur volonté. »
      Luc 23:17-25

      La version de Jules Isaac selon laquelle la foule aurait réclamé Jésus est donc profondément antibiblique (bien qu’elle prétend s’appuyer sur la Bible) et tente de refaire l’histoire.

      Il s’agit donc pour moi d’une dangereuse séduction: on sait d’où vient et où peut mener le révisionnisme, aussi innocent puisse-t-il paraître.

      Amicalement,

      Paul.

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